Stayinto · Région administrative
Polynésie française
La lumière de fin de journée s'étend à plat sur un lagon couleur de lait écrémé, et une pirogue à balancier posée dessus ressemble à un trait de crayon. C'est la Polynésie française dans ce qu'elle a de plus ordinaire et de plus singulier : l'eau y fait le travail de la terre.
Polynésie française
Le pays change de caractère à chaque traversée. Les îles de la Société, autour de Tahiti, sont les plus habitées : des crêtes verdoyantes surgissent directement de la mer, des routes longent le rivage, et un bourdonnement constant de scooters et de cloches d'église accompagne la vie quotidienne. Plus loin, les Tuamotu sont basses et presque plates, un chapelet d'anneaux de corail pâles qui émergent à peine de l'eau. La vie y est organisée autour des passes, où la marée file avec force entre le récif et le large, et autour du lent travail de la pêche et du séchage du coprah sous les cocotiers. Les Marquises forment un autre pays encore : escarpées, sombres et abruptes, avec des vallées si profondes que les nuages s'y accumulent, et d'anciennes sculptures de pierre qui se dressent toujours dans l'herbe. Les archipels des Australes et des Gambier sont plus calmes encore, plus isolés, avec un sentiment de distance qui rend chaque arrivée méritée.
Une journée dans la région commence généralement à Papeete, où les étals du marché résonnent du bruit des poissons qu'on nettoie, et où les vendeuses enveloppent leurs gousses de vanille dans du papier brun. Des marchands en pareo imprimé crient leurs prix d'une allée à l'autre, et les boulangeries sortent du pain chaud avant que la chaleur ne s'installe. De là, une courte traversée vous mène à un motu, un îlot de sable au bord du récif, où le lagon passe du vert pâle à un bleu profond et limpide. Le sable est fin et frais à l'ombre des arbres. Le déjeuner peut être du thon cru mariné au citron vert et au lait de coco, mangé avec les doigts pendant qu'un grain glisse lentement sur les sommets de l'île principale, puis s'éloigne. L'après-midi se passe à faire du snorkeling au-dessus des massifs coralliens, où les poissons-perroquets croquent le récif et où la lumière se brise en filets mouvants sur le sable. Rien n'y est précipité.
Rester un moment est le désir naturel ici. Les soirées se passent assis sur une véranda, tandis que le ciel passe de l'orange au violet et que le récif poursuit, au-delà des palmiers, son murmure bas et continu. Le littoral n'est pas un attrait ajouté à la région pour les visiteurs : c'est le bord vivant de la région, où les pêcheurs raccommodent leurs filets, où les enfants se baignent avant l'école, et où le lagon se lit comme une lettre familière. Passer du temps en Polynésie française, c'est apprendre ce rythme et accepter que la mer dicte la cadence, ce qui est peut-être le don le plus durable que les îles nous offrent.